Après avoir découvert l'univers de la photo de mode par Steve Hiett, en 2013, l'idée de vouloir photographier, moi aussi, des modèles me trottait dans la tête.
Après plusieurs mois pour prendre mon courage à deux mains, c'est fin 2013 que je me décidais enfin à tenter l'aventure.
En toute naïveté, je me suis forcément heurté aux difficultés que peuvent rencontrer tous les apprentis-photographes n'ayant jamais photographié un portrait jusque là.
Il était bien entendu hors de question pour moi d'investir de l'argent à perte dans une agence de mannequin, juste pour me faire les dents.
N'étant plus étudiant depuis longtemps, je n'avais pas beaucoup de contact dans mon entourage à photographier. Quant à mes collègues de travail, ils ne correspondaient pas à mes exigences qualitatives.
C'est alors que j'ai découvert, le système de la "pose contre photos". ("Time for Print" -tfp-, ou "Time for CD" -tfcd- en anglais ; "fotos en intercambio" en espagnol).
Ce n'est pas pour autant que les choses furent aisées. Car sans travail à montrer, sans preuve de ce dont je pouvais être capable avec un être humain au travers de mon viseur, les refus furent nombreux et parfois virulents.
En plus de cela, la présence de prédateurs sexuels prêts à tout pour abuser des modèles, augmente considérablement la méfiance de celles-ci envers les photographes débutants. Et attendez vous à être suspectés de toutes les intentions malveillantes pour le seul crime d'avoir demandé à les photographier.
J'éliminais donc très rapidement de ma recherche tous les modèles féminins mais je persévérais pour atteindre mon objectif.
Et la persévérance, il faut en disposer à souhait, car le taux de réponse obtenu était d'une faiblesse battant tous les records, et les quelques retours étaient des refus.
Alors que la persévérance se transformait en obstination, je finis enfin par avoir une réponse positive.
Cependant, en grand néophyte que j'étais, et n'ayant clairement pas eu la jugeote de me documenter un peu sur la pratique de la photo de modèles, je fis face à des questions que j'étais loin d'avoir prévu.
- "Quel styles de photos souhaites tu faire ?"
- "Quels vêtements souhaites tu que je mette ?"
- "Où fera t-on le shooting ?"
- "Fera-tu des retouches ?"
- "Comment dois-je me coiffer ?"
- "Préfère tu que je sois rasé de prêt ou que j'ai une barbe de 3 jours?".
- "J'ai déjà des photos en costume. Que me proposes-tu d'autre?"
etc...
Dans une panique intérieure, je répondais alors instinctivement, et presque au hasard à toutes ces questions.
Les seules choses que j'avais prévu avant ça étaient d'ordre purement technique, à savoir un flash de 100Ws, un trépied, un parapluie argenté et des déclencheurs radio.
Autant dire que j'avais zappé complètement ce que je voulais photographié au bénéfice de ce avec quoi je voulais photographier. Je fonctionnais donc complètement à l'envers de ce qui doit être!
Leçon n°1 : Un photographe de modèle, ça pense d'abord au sujet, et ensuite à comment on le photographie.
Et je m'en veux encore pour la période choisie pour ce shooting : Janvier 2014, 8h30 am... Les températures étaient extrêmement froides, ce qui a plusieurs conséquences qu'une fois de plus, je n'avais pas anticipé: Doigts gelés rendant la manipulation de l'appareil photo difficile; les lèvres du modèle qui se gercent, sa peau qui rougit et s'irrite avec le froid.
Leçon n°2 : Un photographe de modèle, ça prend en compte la météo !
Et ce n'était là que le début des pépins.
Nous arrivons place du Louvre ; je sors et monte mon matériel, je commence à faire quelques photos, et là, deux types en costume arrivent et je ne m'attendais pas à ce qu'ils s'adressent à moi :
- Bonjour monsieur, vous avez une autorisation ?
- Une autorisation? Heu, non. Pourquoi ?
- Vous ne pouvez pas photographier ici, donc vous rangez tout ça!
- Ha... et c'est quoi cette autorisation ?
- Une autorisation de prise de vue, c'est là-bas dans cette aile qu'il faut la demander.
- On peut y aller tout de suite alors?
- C'est dimanche monsieur, c'est fermé; donc dépêchez vous de ranger ça svp!
- Oui, oui, je suis en train, regardez!
- Et sachez que vous vous exposez à des poursuites si vous diffusez des photos du lieu.
- Ha, ok... (Silence, et je ne faisais pas le fier même si ça me révoltait un peu qu'on fasse chier des amateurs).
Les deux types costumés reprirent le chemin d'où ils venaient en parlant dans leurs Talkies, et alors que je finissais de ranger mon matériel, je vis sortir de leurs bureaux deux autres types, "géants", baraqués, avec des bombers, brassards de sécurité, chaussures d'intervention, et le regard de tueurs qui vont frapper avant de poser des questions.
Autant vous dire que j'ai un peu balisé en les voyant, à ce moment là.
Du coup, je pris mes affaires mal rangées, et avec mon premier modèle, nous nous mettions donc en chemin, contraints à trouver un autre lieu.
Les deux molosses nous suivirent, tout en maintenant une distance de pression psychologique d'1m50 derrière nous, jusqu'à ce que nous ayons franchi un porche de la place du Louvre.
Leçon n°3 : Un photographe (de modèle ou pas), ça anticipe les autorisations de prise de vue.
Nous décidâmes alors de nous rabattre sur le pont des arts.
Et là, n'étant plus à l'abri des vents que procurait l'édifice du musée du Louvre, le froid devenait difficilement supportable.
Mais au moins, nous pouvions faire des photos sans se faire virer manu militari.
Et là, alors que je commençais à peine à prendre mes premiers clichés, le dieu Éole ajouta son grain de sel : un petit souffle dans le parapluie, et BLANG ! Le flash était au sol, et le parapluie était en charpies.
Leçon n°4 : Le parapluie, en extérieur et sans assistant, tu peux oublier !
Qu'à cela ne tienne, parapluie ou pas, le flash étant encore fonctionnel, il fallait continuer.
Et vint alors la suggestion du modèle qui terrassa d'effroi le photographe néophyte que j'étais :
"N'hésite pas à me dire quelles poses que tu veux que je prenne, ce que je dois faire".
Bah merde alors, je ne savais pas du tout diriger un modèle; et là, j'étais un peu grillé. Tentant le tout pour le tout, je sortais une pirouette, et j'avoue ne pas savoir si elle a réellement fonctionné ou si je bénéficiais d'une clémence exceptionnelle, mais je répondis alors : "Je préfère n'avoir que des attitudes naturelles, d'un parisien qui profite de la beauté du lieu".
Leçon n°5 : Un photographe de modèle, ça dirige un modèle. Et pour diriger, il faut avoir en tête une destination et un chemin à emprunter.
Je dois admettre que j'étais tellement stressé et décontenancé par les déconvenues que je venais d'endurer que je n'ai à aucun moment, lors de cette première séance, pensé à la justesse de mon cadre et de ma composition.
Finalement, au bout de quelques photos, j'estimais avoir suffisamment de photos; et je dois avouer que les températures glaciales ont en grande partie fait le jeu. Je décidais donc de clore la séance.
Pour une première expérience, les photos ne furent pas catastrophiques, et surtout, j'ai appris quelques leçons essentielles sur une pratique qui est loin d'être aussi facile qu'il n'y parait.




